« Pour toutes les illusions que tu m'avais donné, pour toutes ces promesses que tu n'as jamais tenu, pour toutes ces choses que tu ne m'as jamais dites, pour ce quotidien que l'on n'avait jamais eu. »
Il serait trop succin de prétendre avoir changé. En vérité la réalité est plus complexe et relève de l'incompréhensible, un brin de merveilleux peut-être.
Je ne connaissais rien de tout cela, à cent vingt mille lieues d'imaginer que je possédais une telle force. Les rendez-vous n'étaient que des évocations amoureuses. Je pleurais lorsqu'un homme me quittait pour parfaire à la norme en vigueur. Je m'amusais en ma faveur et gobais la victoire de mes quinze ans avec un orgueil prématuré. J'aurais eu des amitiés amoureuses très fécondes ; des souvenirs d'adolescents désormais inscrits sur des lettres accablantes de bons sentiments hypocrites. Aujourd'hui je n'ai plus de voix et me doute encore que ce serait à cause de ces mots pannoniens.
Au premier jour nous ne voulions que nous connaître. Admettre que l'amour n'existait pas, une sorte de jeu établi. Nous n'avions que nos voix pour nous parler, des heures durant. Nous voyions rarement le soleil se coucher. Il y avait au creux de cette histoire, un apparatchik aveugle et nous l'aurions suivi coûte que coûte. Les débuts furent durs et sans intérêt. Personne ni même moi ne voulait l'aimer. Je rêvais d'autre chose. Damien mon amour... Elodie mon amie. Et ce jour crucial qui m'a perdue.
Au deuxième jour, Dieu inventa l'Amour. Il neigeait des flocons. Je marchais en chaussettes rayées lui se galvaudait de colliers et bracelets en tout genre. Celui que j'attendais, celui de mes rêves. My Name was Amelie. Nous nous embrassions à découvert entre l'église Saint Clément et la rue du général Buat. Malheureusement pour moi je l'avais appelé six mois après pour me soutenir.
Au troisième jour j'inventais les nues. Je sauve mon idéal d'hypothermie alcoolique mais pas de la farce. Je dois faire un choix en ayant tout à perdre. Il me supplie de rester avec, je n'en suis que plus attiré par lui. L'histoire commence un jour de mars. S'en suit des journées hivernales à ne rien faire, à s'exiler avec des amis. Nous ne serions jamais seuls. Les jours de pluie deviendraient un berceau mélancolique et sécuritaire. « Trop coincée » et lui incompréhensif, je le quitte avec l'aide d'Emilie. Il passe ses jours à Paris et moi à Biarritz, on s'y serait presque croisé. J'invite un étranger dans mon lit. Toujours coincée ? Défoules toi à Saint Jean de Mont, je sais qu'il y en a aussi une autre. Alors ils nous invitent à manger : La casa de la Familia. Je reprendrais des bananes au chocolat... Je n'en avais franchement pas envie, je le trouvais trop arriviste. Mais il a suffit de l'embrasser...
Depuis le début des temps, on avait créé le romantisme. Fichtre. Je ne pouvais le laisser. Je m'incommodais de la facilité. Je le quittais sur un pile ou face. Le récupérais sur des rêves. Lui me laissait, estimant que je serais mieux avec un autre. Trois secondes et demi, c'est le temps qu'il nous fallait en général. Je savais que s'il avait été absent ce jour là, tout aurait été terminé. Nous avions nos règles du jeu, incompréhensibles pour beaucoup.
Le quatrième jour, feint de naître la tromperie. « Mathilde faut que je te dise quelque chose... » Merci aux soirées Saint Simiac.
Dieu inventa aussi la maigraisse de la communication.
« Parce que ce rêve voulait tout dire »
Irrémédiablement nous finissions par inventer l'idylle. Certainement les cinq plus beaux mois jamais vécus et des souvenirs qui frémissent encore comme le dernier souffle avant la perte. Je découvrais Londres avec lui. Nous nous sommes aimés, je crois. Il le disait, à en mourir d'ailleurs, à la folie. J'acquiesçais par des stupides « oui ». Je n'y mettrais plus jamais les pieds. Je refuse de fouler le parterre de Notthinghill ou de Piccadilly. Avec lui, j'ai perdu l'Angleterre.
Au septième jour, Dieu inventa Dimanche. Gloire à Dieu notre Père.
« Et ce fut la plus belle valse de sa vie... »